Souvenons-nous bien de ce que disait Alassane Ouattara : il avait annoncé qu’il ne serait pas candidat en 2020, une décision prise depuis 2018, comme il l’avait révélé à Moh Ibrahim.

Malgré les pressions et tout en expliquant que la constitution de 2016 lui permettait encore d’être candidat, il avait fini par annoncer une décision qu’il avait prise depuis deux ans 

Or, Alassane Ouattara sera vraisemblablement candidat à un 3ème mandat. Les circonstances le poussent à revenir sur sa décision. Laissons de côté ceux qui,  éminents constitutionnalistes, argumentent sur le fait que cette candidature serait illégitime. La nouvelle constitution autorise Ouattara à briguer un nouveau mandat. Laissons de côté l’argument de ceux qui parlent de reniement . A son âge, comme de Gaulle en France, à son époque, Ouattara ne semble pas vouloir commencer une carrière de dictateur. Soyons sérieux !

Mais, Ouattara, même s’il sait qu’il ne peut pas éviter d’être candidat, cherche à prendre toutes les précautions qui lui permettront de gagner l’élection présidentielle.

D’abord, le Chef de l’État rencontre tous les hauts dirigeants et les ministres du RHDP.

Ensuite, il continue de consulter et de parler avec ses homologues et différents acteurs publics et privés de la scène politique et de la sphère économique  ivoirienne

Enfin, il continue d’observer et de parler avec les militaires et autres officiels ou chefs coutumiers pour s’assurer de l’adhésion des uns et des autres à sa candidatureIl ne veut oublier personne

Oui, le Chef de l’État  a déjà pris sa décision. Mais, en même temps, il prend soin de poser lquestion de confiance aux uns et aux autres. Il cherche à rendre sa victoire possible, voire éclatante ! 

Sa décision ayant déjà été prise, Alassane Ouattara prend aussi le temps de la faire connaître. Seuls, les politiciens sont pressés, ce qui les conduit à ignorer l’essentiel. 

À l’heure où ses adversaires sont loin de convaincre les Ivoiriennes et les Ivoiriens, il lui faut convaincre le peuple de la légitimité de son retour dans l’arène politique !

Ce troisième combat est-il juste ? La question a un côté shakespearien. 

Autre obsession du Président Ouattara : l’après pouvoir, l’après décennie 2010-2020. Cette obsession, il avait déjà vaincue par la désignation de feu AGC, son plus fidèle compagnon de route, gardien du temple, continuateur du « ouattarisme », garant d’une sorte d’alternance politique et de renouvellement des générations en douceur. 

Bien sûr, les candidats potentiels à la succession d’AGC et de lui-même sont nombreux. Sont-ils prêts ? Peuvent y aller maintenant, à moins de 100 jours de la présidentielle, alors, qu’en mars, ils ne pouvaient pas y aller selon le RHDP, selon les Ivoiriens. 

Jusqu’au 12 mars 2020, ils n’avaient pas eux-mêmes été convaincus qu’ils pouvaient y aller, c’est pour cela qu’ils avaient plébiscité Amadou Gon Coulibaly ?

Certains considèrent qu’Alassane Ouattara pouvait se retirer et ouvrir le jeu politique en faisant rentrer Guillaume Soro, Laurent Gbagbo, Ble Goudéisolant ainsi le président Bédié et empêcher son leadership sur l’opposition. 

Dans cette perspective, Alassane Ouattara aurait joué le rôle de Sirleaf, la présidente du Libéria qui a organisé les élections. Peu importe le vainqueur ! Il suffit de partir partir sans regrets. 

C’est ce choix qui est impossible pour Alassane Ouattara. Il tient à maintenir le Rhdp au pouvoir. L’objectif c’est cela. Quand on est PDCI, on n’est pas Rhdp, quand on est pro-Gbagbo, on n’est pas Rhdpquand on est pro-Soro, on n’est pas Rhdp ! 

La différence n’est pas uniquement politique, elle est philosophique. 

Qu’ont apporté à la Côte d’Ivoire Bédié, Gbagbo, Soro ?  Rien de positif, dans l’esprit du Rhdp. D’ailleurs, Bédié, Gbagbo et Soro ne misent-ils pas sur le désordre, l’instabilité politique ? 

Pourquoi demande-t-il à Ouattara de songer au report de l’élection du 31 octobre 2020 ? Pour préparer une insurrection populaire ? Militaire ? Comme celle annoncée sur les réseaux sociaux par un gendarme déserteur, vivant en France, et par quelques communicants recrutés à prix d’or par Soro (je pense à Patricia Balme).

La réalité est que le temps presse pour tout le monde. Bédié, Gbagbo, Soro : chacun cherche à rouler l’autre dans la farine. Gbagbo pourra-t-il être candidat ? Soro  pourra-t-il être candidat ?

​Alassane Ouattara a le temps de prendre le temps. Il lui reste à régler certains détails au Rhdp, à expliquer aux uns et aux autres que ce qui se joue le 31 octobre, c’est délà l’après-Ouattara, mais un Après-Ouattara que le Président décide et construit lui-même.

S’il est réélu, d’autres, comme a su le faire Amadou Gon Coulibaly, apprendront à ses côtés.

Voilà le message que voudrait faire passer Ouattara :  le « ouattarisme » n’est pas une simple doctrine économique, un catalogue de recettes libérales, c’est un principe rassembleur autour de l’Etat, de la nation, et du projet de destinée commune.

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