​L’opposition dans une impasse politique ?

Cela fait plusieurs semaines que je n’avais pas réagi. Non pas par désintérêt pour les événements de la vie politique ivoirienne, mais parce que les débats s’enlisaient, de par la faute de l’opposition, sur la question de la légitimité de la candidature d’Alassane Ouattara.

Face aux constitutionnalistes autoproclamés de l’opposition, il reste l’autorité du Conseil constitutionnel qui se prononcera pour la légitimité de la candidature d’Alassane Ouattata. L’opposition n’ayant rien à proposer aux Ivoiriennes et aux Ivoiriens, si ce n’est un aventurisme politique dangereux, elle multiplie les procédures et les demandes pour annuler la candidature de Ouattara.

Ce combat montre que certains hommes politiques n’ont tiré les leçons des différentes crises qui ont ponctué la vie politique ivoirienne. Toutes les élections, depuis 1995, ont été, si l’on excepte 2015, des élections de crise. La décennie Ouattara est du point de vue électoral une décennie apaisée avec des élections qui se sont tenues aux dates prévues.

L’élection présidentielle de 2020 ne dérogera pas à la règle. Repousser cette élection et mettre en place un gouvernement de transition est une très mauvaise idée. Cela fait partie des ruses de l’opposition. Parmi les fakenews qui circulent, certains prétendent que Thiam aurait « vendu » cette idée d’élection repoussée d’un an et de gouvernement de transition à Macron.

Un gouvernement de transition nous replongerait dans une impasse politique comme celle que la Côte d’Ivoire a déjà connue sous Gbagbo. Les partis politiques se neutralisent et le président, qui représente le plus petit dénominateur commun, est certain de rester au pouvoir sans véritablement gouverner. Le pays est condamné à l’immobilisme comme dans les années 2000-2010.

C’est avec une grande tristesse que j’ai vu, à l’occasion de ce « débat » constitutionnel, l’opposition s’engager dans une impasse politique et entamer un dangereux retour en arrière avec la volonté de voir ressurgir les affrontements ethniques, instrumentalisés par Bédié dès 1995, et territoriaux, une partition jouée par Gbagbo en 2002. Le pays n’est pas encore à l’abri de ce brusque retour en arrière, lorsque je vois les arguments des « constitutionnalistes » Bédié et Soro, Affi, et Eds, dont le seul but est de convaincre le Conseil constitutionnel de déclarer le candidat Alassane Ouattara inéligible.

Une démarche vaine et c’est avec une grande tristesse que je vois figurer le Président Bédié parmi ces constitutionnalistes autoproclamés.

Je me suis dit, voici un ancien chef d’Etat qui aurait pu être membre du conseil constitutionnel, et participer à la sélection des candidats. Sur quels critères quand on se souvient du concept d’« ivoirité » ?

Il y a 25 ans, trois après la mort de Félix Houphouët-Boigny, Bédié aura été le fossoyeur de la grande idée du Père de de la Nation : unifier soixante ethnies dans une destinée commune afin de bâtir la nation ivoirienne.

À 86 ans,Monsieur Bédié n’est ni sage ni assagi. Son désir de revanche et sa soif de pouvoir le conduisent à nouveau sur les chemins d’un aventurisme politique dangereux pour le pays !

La rupture de Bédié d’avec le RHDP montre que l’Appel de Daoukro n’était qu’un simple calcul pour que le pouvoir lui soit offert sur un plateau en 2020. Mais les calculs et les ruses de Bédié se sont heurtés aux réalités politiques. Comme les ruses et les calculs de Soro, qui incarne l’opportunisme en politique.

C’est décidé : je vais militer pour que lors d’une révision prochaine de la Loi suprême, les anciens chefs de l’Etat ne soient plus membres d’office du conseil constitutionnel, à moins qu’ils aient la grandeur d’âme d’un Mandela.

Les étranges contorsions constitutionnelles de l’opposition

En 2016, la nouvelle constitution installe la Troisième République ! Depuis son avènement il n’y a pas encore eu d’élection présidentielle. L’élection présidentielle du 31 octobre 2020 sera la première élection présidentielle de cette nouvelle République. S’il n’y avait pas eu une nouvelle constitution, le président Alassane Ouattara n’aurait pas pu être candidat en 2020.

Autre constat : si l’âge limite avait été maintenu dans la nouvelle constitution, ni Ouattara, ni Bédié n’auraient pu être candidats. La nouvelle constitution de 2016 permet à Ouattara et Bédié d’être candidats. Et oui, la nouvelle constitution permet bien à Alassane Ouattara d’être candidat !

Ce que demandent les adversaires du président Alassane Ouattara au Conseil constitutionnel est d’interpréter la constitution de 2016 à l’aune de celle de 2000 en donnant naissance à la théorie de la continuité constitutionnelle, qui n’existe pas.

Pour eux, le juge doit dire : « Vu la constitution de 2016, vu la constitution de 2000, vu l’article 183, vu l’alinéa 2 de l’article 55 de la constitution de 2016, vu l’aliéna 2 de l’article 35 de la constitution de 2000, vu le code électoral de 2000, et ses différentes modifications, vu le code électoral de 2016, modifié par ordonnance …, du…2020, vu que le candidat Alassane Ouattara a été candidat en 2010, puis en 2015, vu qu’il n’est plus rééligible au sens de la constitution de 2000, vu que la nouvelle constitution adoptée en 2016, maintient en l’état l’alinéa 2, dans l’article 55, comme dans l’article 35 de 2000, il échoit de déclarer la candidature de Monsieur Alassane Ouattara non recevable… ».

La constitution peut-elle se soumettre à des interprétations aux interprétations politiciennes ? Il appartient au Conseil constitutionnel de se prononcer sur la légitimité des candidatures.

Une chose est certaine : le concept de « continuité constitutionnelle », qui permet d’enjamber la constitution de 2016 pour revenir à la constitution de 2000, afin de délégitimer la candidature de Ouattara ne peut être retenu.

Henri Konan Bédié et les autres acteurs de l’opposition s’enferment dans des arguties constitutionnelles, afin d’éviter de mener le combat des idées.

Quel est le programme de gouvernement de l’opposition ? Les Ivoiriennes et les Ivoiriens attendent encore des propositions, mais ils gardent en mémoire le bilan des années Bédié (1993-1999) et des années Gbagbo (2000-2010).

Les étranges demandes de l’opposition à Macron

On peut s’étonner des demandes réitérées de l’opposition qui sont faites à Emmanuel Macron. Le président français peut-il s’immiscer dans les affaires de politique intérieure d’un autre pays, à moins de sous-entendre que le président ivoirien est choisi par Paris ? Veut-on revenir aux années de la Françafrique et au contexte postcolonial ?

Soro dénonce le « silence assourdissant » de Paris. Que veut Soro qui, rappelons-le, a été condamné par la justice ivoirienne pour des faits graves ? Il souhaite instruire, à l’échelle internationale, le procès d’Alassane Ouattara. La communauté internationale soutient-elle Soro ? Evidemment, non. On peut supposer qu’il quittera la France pour se réfugier en Turquie, chez son ami Erdogan. On a prêté à Thiam, prétendument envoyé par Bédié, un rôle d’émissaire auprès de Macron. Sa mission : plaider pour un report d’un an de l’élection présidentielle et la mise en place d’un gouvernement de transition, afin de permettre aux partis politiques de se préparer. On découvre ensuite qu’il s’agirait d’une rencontre informelle, non-programmée, dont le compte-rendu a été fait par Le Corbeau, un soutien de Soro. Bien entendu, il s’agit d’une fake news.

L’offensive Thiam et sa proposition de former un gouvernement de transition a fait « pschitt ».À peine évoquée lors de leur déjeuner de travail, cette proposition de Thiam aurait fait sourire Ouattara et Macron. De la même manière, Thiam n’a pas eu à refuser un poste de ministre de l’économie, aucune proposition ne lui ayant été faite par l’Elysée. Pour revenir à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, quelle que soit l’attitude de Macron, il sera accusé d’ingérence par chaque camp.

La rencontre Macron-Ouattara à l’Elysée ou l’étrange article de Jeune Afrique

Si l’on en croit Jeune Afrique, le déjeuner de travailentre Macron et Ouattara se serait déroulé dans une atmosphère glaciale, le président Macron ayant exprimé un vif mécontentement et son désaccord sur la candidature de Ouattara. La « Sorosphère » délivre une autre fable : Macron, sur les conseils de Thiam, aurait plaidé pour un retrait des présidents Bédié, Gbagbo et Ouattara de l’élection présidentielle du 31 octobre 2020. Cette fable est distillée par les soroïstes et la communicante Patricia Balme, reconvertie dans la barbouzerie et les fake news entre deux tweets « people ».

Madame Balme, épouse de l’acteur Jean Sorel, se pique de fréquenter les « people ». Sa stratégie de communicante : mélanger le faux et le vrai afin de construire un narratif anti-Ouattara et pro-Soro. Personne n’est dupe. Elle pourrait être chroniqueuse dans le support qui délivre des « fake news » comme Rumeurs d’Abidjan ou créer « Rumeurs de Paris » pour des narratifs mensongers. Les convictions de Mme Balme sont toujours du côté de celui qui la paie grassement.

​Ce qui est surprenant, c’est que la fable d’un climat tendu entre Macron et Ouattara, lors de leur rencontre, comme la fable Thiam aient été reprises par Jeune Afrique dans son article du 7 septembre 2020. L’article fait aussi état d’une demande formulée par Ouattara : faire taire Soro qui, depuis Paris, multiplie les critiques et les attaques personnelles contre Ouattara. Si Macron ne peut pas s’opposer aux critiques d’un opposant sur la politique de son pays, il ne peut pas accepter d’être utilisé comme argument de campagne par Soro ou Mme Balme.

Guillaume Soro a depuis longtemps perdu la bataille des idées. Ses « snipers », comme Chris Yapi, Niamsy ou Le Corbeau, se sont répandus sur les réseaux sociaux multipliant les insultes et les attaques personnelles contre Ouattara et les ministres. On se souvent de l’offensive contre Hambak. Là encore, les attaques ont fait « pschitt ».

Cherchant à obtenir un peu de respectabilité, il conduit une stratégie qui vise à instrumentaliser la France et Macron dans la guerre qu’il mène contre Ouattara, l’accusant d’être un despote et un dictateur. Selon les observateurs, le profil de Soro et son rapport à la violence inquiètent l’Elysée. Comme Paris s’inquiète d’une vaste campagne de désinformation et d’ingérence politique orchestrée par des sociétés comme E-Réputation, une agence digitale tunisienne utilisée par Bédié et qui est spécialisée dans la création de faux comptes. Facebook a fermé une partie des comptes de la société E-Réputation.

Dernier coup de théâtre : membre du Conseil constitutionnel, Bédié n’a pas démissionné dans le délai prescrit (6 mois), ce qui eut conduire au rejet de sa candidature.

Fin constitutionnaliste lorsqu’il s’agit de la candidature de Ouattara, Bédié pouvait-il ignorer qu’il devait démissionner du Conseil constitutionnel six mois avant l’élection présidentielle. Or, sa lettre de démission date du 3 juillet 2020, On peut supposer, ce qui ne me choquerait pas, que le Constitutionnel, malgré cette erreur incompréhensible, validera la candidature de Bédié.

​On peut s’interroger aussi sur la manière dont sont présentées les violences sporadiques très localisées, qui ont fait plusieurs morts. Chacun sait que ces violences ont été orchestrées par Bédié et Simone Gbagbo. Ouattara a pu rassurer Macron sur le climat pré-électoral en lui démontrant que la situation était sous contrôle. Très majoritairement, les Ivoiriennes et les Ivoiriens veulent aller aux urnes le 31 octobre 2020. Ils souhaitent une élection apaisée et inclusive, ce à quoi s’est engagé Alassane Ouattara.

Très déterminé dans son action politique, Alassane Ouattara a toujours tenu à ce que les élections se déroulent aux dates prévues. Le respect du calendrier électoral et des élections libres et transparentes décident de la construction du pays légitime, par opposition au pays militaire. Il n’est donc pas étonnant que les deux présidents, Macron et Ouattara, se soient entretenus, dans le cadre d’un déjeuner de travail, sur la situation au Mali. À bientôt !

Justice KONAN

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