D’abord, il convient de rétablir la vérité sur deux points selon lesquels Monsieur Laurent Gbagbo aurait remporté une « victoire éclatante » contre la CPI qui l’aurait acquitté, et qui lui aurait rendu
sa totale liberté de déplacement :
1) L’acquittement. Sur les 3 juges de la Cour pénale, 2 juges ont proposé l’acquittement, 1 juge a instruit une requête en suspicion légitime, afin de permettre à toutes les parties, en particulier les victimes, d’exprimer leur point de vue. Or,
pour que acquittement soit prononcé, il faut l’unanimité des 3 juges. Le procès Gbagbo reprendra donc à la rentrée. Seul le jugement rendu à la fin du procès permettra de dire si Laurent Gbagbo est acquitté ou non.
2) La CPI a effectivement autorisé Laurent Gbagbo à se déplacer, avec une condition majeure : pour se rendre dans
n’importe quel pays, Laurent Gbagbo doit obtenir l’autorisation du pays dans lequel il souhaite se rendre.
Ces deux points étant précisés, il convient de poser deux questions :
1) ce retour est-il orchestré par les GOR ( Gbagbo ou Rien ) qui ont voulu présenter la candidature de Laurent Gbagbo à la présidentielle de 2020, malgré les obstacles juridiques à cette candidature (procès à la CPI, condamnation pour braquage de l’Agence nationale de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pendant la crise post-électorale ivoirienne) ?

2) Ce retour est-il souhaité par Laurent Gbagbo lui-même dans un souci d’apaisement, comme le laissent entendre
certains de ses proches ?
Pour moi si le Président Laurent Gbagbo veut rentrer, ainsi que Charles Blé Goudé, c’est qu’ils ne misent pas sur le pire et que
Gbagbo ne craint pas pour sa sécurité, dix ans après avoir été transféré à la Haye.
Certes, Laurent Gbagbo peut penser qu’il serait immédiatement arrêté, s’il pose le pied en Côte d’Ivoire, mais il veut pourtant rentrer au pays !
Je vois dans ce souhait une forme d’hommage rendu à la stabilité du
pays, c’est aussi un signal de ce qu’il est convaincu que le rendez-vous avec ses soutiens et ses adversaires n’est pas un rendez-vous pour le pire, le désordre et la violence !
Laurent Gbagbo a eu le temps de réfléchir et s’il veut jouer un rôle dans l’avenir, ce n’est pas en étant le supplétif de Bédié qui veut
siphonner les voix des GOR !
Le FPI, dont Laurent Gbagbo veut préserver l’unité et l’avenir, n’a rien à attendre d’une alliance électorale de circonstance uniquement destinée à servir le désir de vengeance de Henri Konan Bédié.
Je pense aussi que le RHDP et l’État n’ont pas à avoir peur du retour au pays de Laurent Gbagbo et de Blé Goudé.
C’est même un argument électoral pour le RHDP : le Président Gbagbo aurait pu se dire que, de toutes les façons dans quelques
mois, Ouattara ne sera peut-être plus au pouvoir, Bédié ou Affi le feront rentrer au pays, mais, là, il rentre sous la « protection » de Ouattara.
L’Histoire retiendra ce geste d’Alassane Ouattara, qui peut apparaître comme un président soucieux de maintenir un dialogue avec ses anciens adversaires dans l’intérêt du pays.
Je pense à cette phrase de Mandela : « Le pardon libère l’âme, il fait disparaître la peur. C’est pourquoi le pardon est une arme si
puissante ».
Il ajoutait : « Vous obtiendrez plus dans ce monde avec le pardon qu’avec des actes de représailles. »
Si Alassane Ouattara est candidat, il appartient déjà à l’Histoire et l’Histoire lui commande de marcher dans les pas de Mandela.
Il est peu probable que Laurent Gbagbo soit candidat à la présidentielle. S’il revient, il ne peut pas accepté d’être instrumentalisé par les GOR.
Je reste donc convaincu qu’Il ne faut pas avoir peur du retour du Président Laurent Gbagbo, bien au contraire.
Mais, après lui avoir donné son passeport, il faudra bien que le gouvernement se prononce sur sa situation judiciaire.

Justice Konan

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