Nous tenions Pascal Airault pour un spécialiste de l’Afrique, fin connaisseur des réalités politiques du continent. Or, nous découvrons un étrange article qu’il consacre à Alassane Ouattara. Pascal Airault nous avait habitués à plus de rigueur dans l’analyse des réalités politiques africaines. Le voici qui se livre à un renversement des valeurs qui fait d’Alassane Ouattara un futur Amin Dada, un dictateur avide de pouvoir et assoiffé de sang. 

 Par un tour de passe-passe, fondé sur des rumeurs et des témoignages anonymes d’opposants,  Pascal Airault fait de Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo et Guillaume Soro des figures « innocentes » et transforme Alassane Ouattara en coupable face à l’Histoire. 

Étrange article qui semble écrit par une officine anti-Ouattara, comme cette société tunisienne qui a cherché à influencer les campagnes présidentielles au Tunisie, au Togo et en Côte d’Ivoire et que Monsieur Bédié a utilisée. Pascal Airault doit se ressaisir ! Mais parlons des surprises et choses étranges de son article. 

 

   Première surprise : l’article paraît sous une rubrique intitulée « Solitude ». S’agit-il de faire croire qu’Alassane Ouattara est un homme seul, abandonné de tous ? Ou, ce qui serait plus juste, s’agit-il, pour Pascal Airault, du souvenir de cette phrase célèbre de de Gaulle : « Toujours le Chef est seul en face du mauvais destin » ? Le mauvais destin est cette disparition brutale d’Amadou Gon Coulibaly qui était, pour Alassane Ouattara, bien plus qu’un fidèle collaborateur ou le gardien du temple du « ouattarisme ».

             Deuxième surprise : Pascal Airault évoque un Ouattara « reclus dans sa tour d’ivoire », c’est-à-dire un Ouattara qui, volontairement, s’enfermerait dans le palais présidentiel,  refusant de voir la réalité politique et sociale du pays. La métaphore de la « tour d’ivoire » s’applique au poète qui fuit la fureur du monde et s’enferme pour se consacrer à l’écriture. Le poète, par orgueil, refuse ainsi de s’engager, de se compromettre. Le contraire même du caractère d’Alassane Ouattara, présent dans tous les combats politiques depuis les années 1990, encore présent en 2016, lorsqu’il s’adresse à la nation après les troubles sociaux, toujours présent et combatif, lorsqu’il s’adresse à la nation ce jeudi 6 août 2020 , jour de la Fête nationale.

             Troisième surprise : Pascal Airault soutient la thèse qu’Alassane Ouattara « s’apprête à livrer le combat de trop ».  S’agit-il de dire qu’Alassane Ouattara veut se maintenir au pouvoir à tout prix, contre l’opinion publique,  contre le peuple et qu’il finira, soit, comme Blaise Compaoré, chassé du pouvoir par le peuple, soit, comme Imin Dada, en dictateur ? Pascal Ayrault cite un opposant anonyme qui affirme : « Ouattara va devoir réprimer massivement et risque de finir dans le costume d’Idi Amin Dada ». On peut s’étonner, chez un journaliste de notoriété , de cette utilisation abusive et trompeuse de témoins anonymes, à qui on peut faire dire tout et son contraire. 

             Quatrième surprise : Pascal Airault agite le spectre d’une nouvelle guerre civile : la candidature d’Alassane Ouattara porterait, selon Pascal Airault, « les germes d’une nouvelle crise socio-politique ». Pascal Airault oublie les années 1999 –Coup d’Etat), 2000 (crise politico-militaire et partition du pays), 2010-2011 (crise post-électorale), alors que sous la décennie Ouattara, toutes les élections se sont tenues aux dates prévues, sans incidents.

             Cinquième surprise : la falsification de l’Histoire par Pascal Airault. Lisons ce que le journaliste écrit : « Les germes d’un nouveau conflit socio-politique sont perceptibles pour ceux qui prennent le temps d’écouter le cœur battant du pays. Les bons résultats économiques n’ont pas fait disparaître les fractures identitaires. La politique de réconciliation n’a pas abouti. » 

 

Cher Pascal Airault, comparons ce qui est comparable : l’ère Bédié, 1993-1999 ;  l’ère Gbabgo, 2000-2010, la décennie Ouattara, 2010-2020. Sous Bédié, intrumentalisation du concept d’« ivoirité », aggravation des fractures ethniques et seul coup d’Etat, en 1999, que la Côte d’Ivoire ait connu. En ce mois de décembre 1999, alors que le mécontentement populaire est une réalité, Bédié passe les fêtes de Noël en famille à Daoukro, sa tour d’ivoire. 

 

Sous Gbagbo, guerre civile, partition du pays, crise post-électorale2010-2011 (3 000 morts) ; la Côte d’Ivoire est un Etat failli, des pans entiers de l’économie tournent au ralenti, l’éducation est à l’arrêt, etc. 

 

Sous Ouattara, la Côte d’Ivoire se reconstruit et redevient le fer de lance de l’économie de l’Afrique de l’Ouest, toutes les élections se déroulent aux dates prévues, la paix intérieure  est préservée. Il est donc surprenant de voir ce renversement des valeurs opéré par Pascal Airault. 

 

Ouattara serait l’artisan de la fracture ethnique du pays. Une manière curieuse d’interpréter l’Histoire récente de la Côte d’Ivoire.

            ● Sixième surprise : le recours au procédé des témoignages anonymes. On peut lire « ose, en parlant de Ouattara, un cadre du parti » ; « D’autres personnalités très discrètes (…) tentent de tirer Ouattara d’un mauvais pas pouvant se transformer en tragédie » ; « « Ouattara va devoir réprimer massivement et risque de finir dans le costume d’Idi Amin Dada », conclut un de ses opposants »On voit comment se construit, sous la plume de Pascal Airault, à coup de témoignages anonymes et lâches, l’image d’un dictateur assoiffé de pouvoir.

             Septième surprise : l’entourage de Ouattara, dépeint de manière très négative, n’échappe pas aux critiques. À propos d’Hamed Bakayoko, qui vient d’être nommé Premier ministre, évoque des affaires de mœurs : « C’est un peu le Dominique Strauss-Kahn ivoirien ». Pour les proches du pouvoir, il est question de « l’affairisme d’une caste de privilégiés ». 

Le RHDP devient une jungle politique où « les clivages sont aussi importants que la soif de pouvoir ». 

 

Bien sûr, tous les États , dans le monde, sont des parangons de vertu.et il n’existe pas, dans les partis politiques, – le PDCI, le FPI -, d’ambitions individuelles, de rivalités et de guerres des égos. Bon, il faut en rire plutôt ….

             Huitième surprise : la leçon de politique délivrée par Pascal Airault, leçon politique qui symbolise l’arrogance du journaliste occidental de l’ancienne puissance colonisatrice qui parle avec condescendance aux Africains.

On peut lire les conseils suivants, toujours délivrés de façon anonyme par des personnalités (lesquelles ? Personne ne le sait, excepté Pascal Airault) : « Ouattara doit ouvrir un dialogue avec l’opposition et la société civile pour reporter l’élection et mettre en place un groupe de travail pour préparer les conditions d’un scrutin inclusif et transparent. » 

Résumons la leçon politique délivrée par Pascal Airault du haut de son arrogance néocoloniale : Ouattara doit reporter l’élection présidentielle d’un an, ouvrir un dialogue avec l’opposition, appeler à l’union nationale, organiser des élections inclusives et transparentes. 

Je pense à cette phrase de Paul Kagame, qui pointe du doigt les donneurs de leçon, toujours inscrits, comme Pascal Airault, dans une logique néocoloniale : « l’Afrique n’a pas besoin de baby-sitters ». 

Certes, la démocratie passe par les urnes, mais elle passe aussi par le développement économique, l’éducation, la santé, etc. De ce point de vue, Pascal Airault choisit de passer sous silence ce que tous les observateurs nomment le « second miracle ivoirien » avec le redressement économique du pays de 2011 à 2020.

            En conclusion, je poserai une seule question : qui est crédible aujourd’hui ? Bédié ? Soro ? Gbagbo ? Bédié et Soro ont participé aux gouvernements successifs depuis 2011. Mécontents que le pouvoir ne leur soit pas donné, ils se sont transformés en opposants. Bédié veut une double revanche sur l’Histoire, 1999 et 2014 avec l’Appel de Daoukro qui devait lui garantir, en 2020, d’être le candidat unique du RHDP. Soro se voyait déjà président de la République en 2020. 

En effet, Bédié et Soro se présentaient, chacun, à qui voulait les entendre, comme le successeur désigné de Ouattara en 2020. En revanche, Gbagbo, qui peut se prévaloir du statut le statut d’opposant, semble vouloir contribuer à l’apaisement de la scène politique ivoirienne e qui lui permettrait peut-être dans le même temps, de contribuer à la réunification du FPI.

            Dans sa méconnaissance des réalités politiques ivoiriennes, Pascal Airault constate ce qui n’est pas contestable. D’abord, Beaucoup reste à faire, notamment sur le plan social et celui de la réconciliation nationale. Ensuite, le front anti-Ouattara, qui ne peut présenter de programme alternatif crédible, constitue une opposition hétéroclite qui se contente de « dénoncer des manœuvres politiciennes contraires à l’esprit de Loi fondamentale. » Or, la promulgation d’une nouvelle constitution en 2016 rend légitime la candidature de Ouattara.

            Dans sa méconnaissance des réalités ivoiriennes, ce que Pascal Airault oublie aussi, c’est qu’Alassane Ouattara ne voulait pas être candidat. Ce sont les circonstances qui l’obligent à revenir dans l’arène politicienne.

            Dans sa méconnaissance des réalités ivoiriennes, ce que Pascal Airault ne voit pas, c’est qu’Hamed Bakayoko vient d’ouvrir un dialogue fécond en recevant Pascal Affi N’Guessan, le Président du FPI, et Maurice Guikahué, le Secrétaire exécutif du PDCI. Il ne s’agit pas de compromissions électorales. 

Hamed Bakayoko a déclaré : «  J’ai voulu consacrer mes premiers jours à la Primature aux animateurs de la vie politique de notre pays. Ma priorité est d’instaurer un dialogue permanent, sincère et franc. Cela nous permet de faire l’économie de crises aux conséquences dramatiques pour nos États. Je souhaite que ce dialogue soit toujours maintenu. ».

            La rhétorique de Pascal Airault vise à renverser les valeurs et à faire d’Alassane Ouattara un coupable face à la communauté internationale et à l’Histoire. 

 

Son article s’ouvre sur une réalité volontairement sombre : « Sa candidature à un troisième mandat porterait les germes d’une nouvelle crise socio-politique ». Il se termine sur un tableau sanguinaire : « Ouattara va devoir réprimer massivement et risque de finir dans le costume d’Idi Amin Dada », conclut un de ses opposants. »

            Reclus peut-être lui-même , à cause du Covid 19, à Paris, dans son bureau, sorte de tour d’ivoire, comme le poète Vigny que dénonçait Sainte-Beuve, Pascal Airault a écrit l’article de trop sur Ouattara et la Côte d’Ivoire. 

 

Je mets cela sur le compte d’une méconnaissance des réalités politiques ivoiriennes et de la personnalité de Ouattara, mais aussi sur l’arrogance du journaliste occidental, donneur de leçons à ses « amis » africains. 

 

Si l’on écoute Pascal Airault, la Côte d’Ivoire est mal partie : son Président est un dictateur sanguinaire et son Premier ministre n’a qu’une « intelligence de rue ». Heureusement qu’il ment et qu’il n’a pas pu prouver ses allégations et spéculations sans aucun fondement. 

    Justice KONAN 

 

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