Le débat sur l’âge de Bédié, candidat à l’élection présidentielle de 2020 à 86 ans, est-il un faux débat ? La constitution lui permet d’être candidat, comme elle permet à Ouattara de l’être.

Alassane Ouattara a choisi de ne pas être candidat, Henri Konan Bédié a choisi de se présenter.
Le débat est celui de la légitimité d’une candidature dès l’instant que cette candidature s’inscrit dans un cadre prévu par la constitution. Il existe une attente d’hommes nouveaux qui date des années 2004-2009. On se souvient du slogan de Gnamien Konan qui demandait à tourner la page BOG (Bédié, Ouattara, Gbagbo). Guillaume Soro avait défendu avec force l’idée d’une alternance générationnelle, afin de discréditer l’idée d’une autre candidature du Président Alassane Ouattara, ce qui discrédite aussi la candidature de Bédié.
Ce débat sur « l’âge du capitaine » appelé à diriger le navire de la nation ivoirienne va nécessairement alimenter les discussions de la campagne présidentielle.
Si le président Alassane Ouattara n’est pas candidat, c’est une question de choix en fonction d’une décision fondée sur une éthique personnelle et une vision politique.
​Alassane Ouattara a choisi de ne pas être candidat pour trois raisons : 1) le respect de ses engagements 2) la volonté de passer le relais à une nouvelle génération 3) la nécessité de construire l’avenir du RHDP.
Si le président Bédié est candidat, c’est parce que la constitution le lui permet, mais c’est aussi un choix en fonction d’une éthique personnelle et d’une vision politique.
Bédié présente sa candidature comme un sacrifice suprême, un don de soi, une mission de salut public destinée à sauver la République et de la soustraire des mains du RHDP. La candidature du président Bédié est rendue possible et légale par la Constitution, mais ce n’est pas la Constitution qui définit la légitimé politique de sa candidature. Le débat qui doit s’ouvrir n’est pas celui de la Constitution, mais celui de la valeur du candidat en fonction de son programme, mais aussi de son expérience politique.
Henri Konan Bédié a occupé les plus hautes fonctions. Il a été aux affaires pendant de longue année, il dirige le PDCI, le grand parti historique de la Côte d’Ivoire, il se présente comme l’héritier politique d’Houphouët-Boigny, le Père de la nation.
​Sur chacun de ces points, quel est son bilan ? A-t-il été un bon Président de la République de 1993 à 1999 ? Pourquoi a-t-il subi le seul coup d’Etat que la Côte d’Ivoire a connu ? Pourquoi a-t-il rompu son alliance avec le RHDP ? Que valent les nouvelles alliances qu’il cherche à construire avec le FPI ? Avec Soro ? Peut-il permettre le retour du PDCI au pouvoir ? L’avenir du PDCI passe-t-il par la candidature de Bédié en 2020 ?
​Ce n’est donc pas la constitution qui rend légitime la candidature de Bédié, mais c’est ce qu’il incarne comme valeurs et ce qu’il porte comme projet pour le pays et les populations.
Tel est de débat politique qu’il ne faut pas refuser.
​● Des questions qui peuvent se poser sur la Constitution
​La constitution fixe la caution à 50 millions Fcfa pour être candidat à la présidentielle. La barrière de l’argent permet d’éviter les candidatures farfelues et la fragmentation à l’excès du paysage politique. Nous pouvons débattre pour nous demander s’il ne fallait pas fixer cette caution à 100 millions. Nous pouvons dire qu’il est illégitime et antidémocratique de mettre des barrières d’argent, là où il n’y a plus de barrière d’âge ni de santé.
La constitution permet à un « fou » d’être candidat; un sénile de 100 ans peut être candidat, à condition d’avoir la caution de 50 millions Fcfa et le soutien de 1 % de l’électorat…. Mais un homme bien portant, un jeune plein d’ambition pour son pays, sera recalé pour n’avoir pas eu 50 millions et 1 % d’électeurs parrains…
Ces débats sur les curseurs sont sans fin. Il faut donc un consensus sur ces curseurs au nom des grands  principes démocratiques.
​À son retour, le Premier ministre doit rassurer sur son état de santé. Cette question ne peut être éludée en disant « je suis candidat conformément à la constitution, ne parlez plus de ma santé ». Même si la constitution a supprimé la limite d’âge et le contrôle médical, ces débats doivent et peuvent s’inviter dans la campagne présidentielle !
​Pour la question de la santé, la Constitution prévoit des cas d’incapacité et d’empêchement absolu.  Si un président n’est pas en mesure de gouverner, n’est pas en pleine possession de toutes ces capacités, au-delà d’une certaine période, il est remplacé. La probabilité ou la possibilité d’une telle occurrence, permet que le débat ne soit pas empêché et fermé, même si la Constitution a réglé tout cela.
​La constitution, Dieu et le peuple
​La Constitution n’est pas le seul repère. Sa fonction est de définir la forme du pouvoir, il y a aussi la religion, le rapport à Dieu, la conscience personnelle et la morale individuelle.
La Constitution, encore une fois, définit la forme du pouvoir. Il a bien existé des Républiques qui sont en réalité de véritables dictatures. La Chine et l’Iran sont des républiques. La forme du pouvoir peut même devenir secondaire face aux valeurs qui guident chacun de nous et  l’homme politique.
Dans de nombreux pays, Dieu n’est pas loin de la constitution avec la Bible ou le Coran ! La Conscience et la crainte de Dieu, ce sont aussi des valeurs importantes. ​Dieu, le peuple, notre conscience. Sans ces éléments, la constitution ne signifie pas grand-chose. Sans considération pour Dieu, sans considération pour le peuple, sans le souci d’être un homme écoutant sa bonne conscience, la constitution n’est qu’un bout de papier qui définit de façon théorique la forme du pouvoir !!!!
​La constitution et les lois  sont des instruments et des moyens pour nous aider à être en conformités avec la vision de justice , d’égalité de Dieu, les attentes du peuple et aussi notre conscience. ​Quand Houphouët et Kennedy invitent à se poser cette question : « ai-je bien fait pour mon pays, ce que je dois », ils ne font pas référence à la constitution, mais à Dieu, au peuple et à notre conscience.
Justice Konan

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