Le débat sur un 3ème mandat du Président de la République a viré à la guérilla numérique et à l’hystérie collective sur la Toile, au cours de ce long week-end de fête du Destin, après la publication d’un Fake News attribué à Cissé Ibrahim Bacongo, comme on lui aurait jeté une boule puante. A l’origine de ce coup bas, un commentaire plutôt suspect, sinon un raccourci d’idées. De fait, sans se dégonfler, son auteur a affirmé, dans la mise au point qu’il a dû faire, s’être affranchi de la lecture de la déclaration qu’il a prétendu pourtant avoir commenté, pour accéder directement au sens de celle-ci, en allant fouiller, à la source, dans le cerveau ou «la pensée» ( ?) d’où elle provient. La maïeutique et sa fille, la psychanalyse, ont encore de beaux jours devant elles. Il reste, en l’occurrence, que ce commentaire d’un genre nouveau et son instrumentalisation prouvent que les adversaires d’un 3ème candidat du Président de la République manquent d’argument technique incontestable pour convaincre de leur position. En dehors des effets de manche, des imprécations et des postures tenant lieu de démonstration. Aussi, l’auteur tient-il à rappeler et assumer les propos qu’il a tenus dans son précédent papier et qui ont été tronqués, à dessein.

Rappelons que dans une interview accordée à une Web-TV, lors de la campagne référendaire, en même temps que d’autres membres du Comité des Experts, l’auteur avait affirmé que l’article 183 de la nouvelle Constitution constituait une preuve, parmi bien d’autres, que le Président de la République n’envisageait pas de se présenter à l’élection présidentielle de 2020. Il est évident que l’auteur ne faisait que donner de cet article sa propre lecture, que d’autres interprétations peuvent remettre en cause. Ainsi, il est permis de soutenir que l’article visé ne concerne pas la Constitution de la 2ème République abrogée, mais plutôt les lois prises pour son application, dès lors qu’elles ne lui sont pas contraires. Les termes utilisés dans la disposition concernée pourraient incliner en ce sens, à savoir : «la législation en vigueur (…), l’intervention de nouveaux textes (…)». Dans ces conditions, il y a lieu de se demander au nom de quelle herméneutique exigeante l’interprétation de l’auteur devrait être prise pour parole d’évangile, s’il ne s’agit pas de lui faire servir les besoins d’une cause à laquelle elle est étrangère.

Au demeurant, chaque citoyen ivoirien a le droit d’exprimer sa compréhension ou de donner son interprétation des dispositions d’un texte, qu’il s’agisse d’un décret, d’une loi et de la Constitution, lorsqu’elles s’y prêtent, pourvu qu’il en ait les ressources intellectuelles, scientifiques et techniques, au risque d’ajouter à la cacophonie et au vacarme général. Plus encore, le débat intellectuel, notamment en régime démocratique, doit être mené avec humilité, dans le doute cartésien constant, en ayant l’esprit de partage et le sens de la nuance, sans angoisse, ni crise intérieure, ni prévention et dans la sérénité.

Dans un pays où l’état de droit recouvre une réalité, le dernier mot, en pareille situation, revient au juge constitutionnel, qu’est le Conseil du même substantif, après tous les débats, même lorsque les arguments développés, s’il en est, montrent que les protagonistes débattent en état de tourbillon mental. C’est pourquoi, la cohue suscitée par l’interview accordée par le Président de la République à l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique apparait comme un procès en sorcellerie.

Que conclure d’autre, si ce n’est que CISSÉ Ibrahim Bacongo n’a pas pu clore le débat sur un 3ème mandat du Président de la République, s’il a jamais eu cette prétention ou celle d’avoir dit quelque vérité axiomatique. Ce débat ne fait que commencer et il faudra le mener avec des arguments et non des arguties.

Depuis 1993, où il a commencé à prendre part au débat politique, à travers des contributions ou des tribunes dans la presse écrite, l’auteur n’a jamais été pris à défaut de se dédire, encore qu’il n’y a rien de déshonorant, pour un intellectuel, à revenir sur une position lorsque la preuve est établie qu’elle est erronée. La légitimité à laquelle il consent à limiter ses prétentions vient certainement de cette constance. L’autorité que lui ont attribuée des contradicteurs sans visage, avant de la lui retirer aussitôt, sans la moindre élégance, ne serait que de surcroît. Mais, disons-leur merci.

Justice Konan

politologue et juriste

+22503754994

MJDHLP@hotmail.fr

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