Une pensée pour ces milliers, voire ces millions d’ivoiriens d’adoption et de naissance , considérés comme des étrangers, et à qui certains veulent récuser le droit au chapitre. 
Il s’agit d’une vraie et vraie bombe sociale à retardement. Tandis que se fait un débat sur la nationalité ou l’origine des parents de Fabrice Sawegnon, on oublie tous ces millions d’Ivoiriens du droit de sol, pour qui il y’a eu une loi spéciale de naturalisation à partir de Marcoussis , ( une loi qui n’était même pas nécessaire, et qu’il n’y avait pas lieu de limiter dans le temps, s’agissant d’un droit acquis pour une période , et car en général un ivoirien l’est par principe ou peut l’être à tout moment ) mais qui ne peuvent toujours pas devenir des ivoiriens. Et on on se pose la question sur cette application sélective , à la tête du client de la loi, du droit de sol : comment Fabrice Sawegnon a-t-il pu devenir lui ivoirien par naissance au nom du droit de sol ( ce qui est tout à fait juste, et normal ), tandis que des millions d’autres ivoiriens dans ce cas, se sont retrouvés sans papiers . La rébellion n’a pas du tout permis de régler le problème. Ce n’est pas parce que les gens peuvent porter de longs boubous aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’aujourd’hui Sawegnon peut s’afficher et afficher ses ambitions ( même si le contexte social est toujours pollué par quelques ivoirtaires non repentis , par des gens sans scrupules comme Bendjo prêts à recourir à l’argument de l’étranger ), que l’on pensera que la question est totalement réglée. C’est une vraie bombe à retardement , que cette situation de ces ivoiriens du point de vue de la loi et de la culture , mais qui sont encore soi sans papiers, soi avec des papiers non ivoiriens, et qui sont considérés comme des étrangers. De peur de se faire traiter de personnes ayant bradé le pays, le Président Ouattara et ses hommes n’osent pas vraiment adresser la question.

Mais un jour, il faudra bien oser le débat… Au lieu de dire que tel est étranger , demandons-nous pourquoi sur 23 millions d’habitants, nous avons moins de 7 millions d’électeurs alors que les estimations assurent que nous devons être entre 10 et 11 millions ? Mais c’est bien à cause de ces 3 à 5 millions d’ivoiriens-( étrangers ) qui sont dans leur coin? Si la question n’est pas réglée, on fera dix ans de recensement, on n’obtiendra jamais les taux estimés; et Mamadou Koulibaly de Lider pourra toujours se plaindre du caractère rabougri de la liste électorale de notre pays. Le problème est sérieux, et dépasse le simple cas de Fabrice Sawegnon, qui a les moyens et le courage d’oser; ce que d’autres n’ont pas! Savez-vous également pourquoi malgré les bavardages sur les réseaux sociaux, le pays est tranquille ? Et bien c’est parce que parmi ceux qui peuvent et doivent manifester ( commerçants, hommes d’affaires, gardiens , boutiques, et autres pauvres , et…), il y’a beaucoup de ces étrangers. Au marché provisoire de Cocody, au marché sénégalais de portable déguerpi à Treichville, c’était essentiellement des étrangers ( mais en réalité des ivoiriens parce que certains sont nés ici avant 72, et parce que leurs parents y étaient également ) qui ont été victimes de l’action des édiles. Si c’était des ivoiriens et des électeurs, les maires ne se seraient pas permis de mettre en danger des électeurs à quelques semaines des élections; et de se mettre à dos un électorat potentiel. Puisqu’on dit qu’ils sont étrangers , puisqu’ils n’ont pas de papiers, alors ils ne participent pas aux affaires de la cité, ils paient souvent même les taxes, mais le reste de leur argent part ailleurs. C’est aussi pourquoi le gouvernement découvre que le niveau du recouvrement des impôts est si bas dans le pays, par rapport au PIB. Trop d’argent circule dans le pays, mais rien n’y reste à cause de cet informel , aux mains de ces ivoiriens rejetés et considérés comme des étrangers.

Fabrice , c’est un peu comme Asalfo, les Arouna Dindane, les Sidjiri Bakaba, les Copains Barry, et bien d’autres fils du pays issus de premts d’origine étrangère, et que la loi du pays avait adoptés. Mais cette loi fut appliquée de manière sélective. Par exemple, une femme pouvait devenir automatiquement ivoirienne après son mariage avec une ivoirien; ce qui n’était pas le cas pour un homme. Cette anomalie et cette inégalité ,contraire à l’égalité des droits a été corrigée par la loi en 2004. Mais certains hommes qui se sont mariés à une ivoirienne en 2000, n’arrivent pas à bénéficier de l’option, selon l’interprétation de certains acteurs de l’administration. Ils sont alors tenus de faire une procédure classique et longue de naturalisation; , tandis que d’autres y parviennent. Attention ! En attendant que tous ces millions de Sawegnon deviennent des ivoiriens qui ont réussi comme lui, et qui ont droit à la parole sans complexe, il existe quand même un bon nombre de métis, d’Ivoiriens d’horizons divers qui peuvent se reconnaître en lui, non seulement au Plateau , mais dans son combat. Le combat identitaire n’est pas terminé, la poudrière identitaire est là, plus que jamais. Au nom de tous ces Sawegnon !

Justice Konan

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